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Christophe Greffet - Intervention relative au voeu sur l'agriculture - Session février 2024

Dernière mise à jour : 9 mars

Il y a des colères saines et elles doivent s’exprimer. Celle des agriculteurs manifestée ces jours derniers sur les barrages vient de loin. Depuis 30 ans qu’ils crient, personne ne semble vraiment les entendre et pourtant leur métier n’est pas une activité comme les autres.


Être paysan, c’est accomplir à travers les travaux et au fil des jours une fonction vitale : nourrir les hommes. C’est rendre les espaces vivants et vivables ; c’est dessiner ce que Fernand Braudel appelle « l’identité de la France » et les pays de l’Ain en témoignent dans leur diversité.


Il faut relire le dernier ouvrage le Paul Cattin -ancien directeur émérite de nos archives- sur le paysan du Revermont et les deux tomes de Jean Merle et de ses coauteurs sur l’évolution de l’agriculture aindinoise pour mesurer combien la profession a façonné notre département.


Ce que je retiens de la séquence que nous venons de vivre, c’est que les agriculteurs -au-delà de leurs multiples revendications- en appellent à la dignité.

Et si ce vœu peut constituer une contribution de notre part à cette reconnaissance que la nation leur doit, alors nous le formulons aussi au nom de notre groupe.

Non sans quelques ajouts utiles.


Lorsque -par exemple- on évoque la souveraineté alimentaire, encore convient-il de s’entendre sur le sujet.


Constater à l’échelle nationale que nous sommes dépendants à 75% des importations pour le blé dur et à 26% pour le porc -puisque cette filière d’excellence aindinoise est citée- ne dit rien ou pas suffisamment. Il conviendrait de parler d’auto-approvisionnement -c’est-à-dire du rapport entre la production et la consommation françaises- et là nous verrions que nous sommes auto suffisants à 148% pour le blé et à 103 % pour le porc. Le vrai problème donc, c’est que l’on exporte ce que l’on produit, y compris ce dont nous avons besoin. Cherchez l’erreur.

 

 

 

Comment également parler de souveraineté alimentaire sans évoquer les besoins en eau ! Ça n’est pas au moment où nous organisons les assises de l’eau qu’il convient d’éluder le sujet.


Comment parler de souveraineté sans aborder les enjeux fonciers ? Certains clament haut et fort de ne pas respecter les textes sur la sobriété foncière alors que l’Ain perd 400 à 500 ha par an au détriment de son agriculture.


Et je n’oublie pas ces 25% d’agriculteurs qui sont en passe de partir à la retraite -sans successeur pour certains- pas plus que je n’omets le fait que nos habitudes alimentaires doivent évoluer.


Ce vœu évoque la nécessité de réviser la stratégie Farm to Fork (F 2 F) ou « De la ferme à la table » destinée à promouvoir un système alimentaire durable. Vingt-sept mesures qui impactent à la fois la production, la transformation, la distribution et la consommation sans oublier le gaspillage.


Il faut relire l’avis du Conseil économique et social européen sur cette stratégie pour comprendre que sa réussite tiendra à la fois à la renégociation des accords internationaux et à l’évolution en profondeur de la PAC.

Et là -disons le franchement- nous sommes loin du compte.


Parce qu’il s’est trouvé des lobbies -lors de la récente réforme de la PAC- pour voter en faveur d’un système qui distribue 80% des aides à seulement 20% des agriculteurs ; un système qui fait la part belle aux intérêts de l’industrie agro-alimentaires et aux traités de libre-échange.


Et ceux qui ont eu à délibérer ne peuvent pas dire qu’ils n’avaient pas les cartes en main. Il y a trente ans déjà l’alerte était lancée contre les accords du Gatt sur les tarifs douaniers et le commerce qui reléguait l’agriculture à un produit de marché comme les autres. Ce qui s’est traduit depuis par des accords de libre-échange comme -par exemple- celui signé en novembre avec la Nouvelle-Zélande qui terrifie -et à juste titre- les éleveurs européens ovins puisque l’on évoque des importations à hauteur de la moitié de la production française.

 

 

 

 

L’agriculture est ainsi devenue la variable d’ajustement du commerce mondial avec pour conséquence dramatique d’ouvrir nos frontières aux poulets brésiliens gavés d’antibiotiques et à la viande de bœuf nourrie au soja dans les zones déforestées d’Amazonie pour mieux exporter nos avions, nos automobiles et nos produits de luxe.


Je suis pour ma part clairement aux côtés des agriculteurs lorsqu’ils s’opposent à cela.


Mais veillons aussi et ensemble à ce que cette exaspération -aussi justifiée soit-elle- ne conduise pas certains de nos concitoyens à s’aventurer en territoire dangereux ; territoires où les sauveurs anti-démocratiques et anti-européens voire fascistes dans certains pays exploitent habilement les colères.


Il faut que la politique prenne le relai dans un débat sérieux et permette de faire place à une agriculture à la fois socialement juste et respectueuse des consommateurs et de l’environnement. 

 

 

 

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